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Le grelot

 
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Auteur Message
Perle de Rosée
Esotérisme -Esoterism

Hors ligne

Inscrit le: 21 Nov 2007
Messages: 92
Québec - Portneuf

MessagePosté le: 04/07/2009 20:44:41    Sujet du message: Le grelot Répondre en citant

LE GRELOT

Mardi 24 décembre 1996. 21h

Il y a quinze minutes, en cette veille de Noël, j'ai décidé, après bien des
années, de mettre par écrit l'incroyable aventure que j'ai vécue alors que
j'avais à peine 12 ans. Il est vrai que cette idée me tiraillait depuis
quelque temps, mais je l'avais toujours repoussée au fond de mon esprit,
la mettant sur le compte d'une nostalgie propre à la vieillesse.

Aujourd'hui, alors que je m'apprête à fêter seul l'arrivée au monde du
p'tit Jésus, toutes mes réticences sont tombées et c'est avec un mélange
de gaieté et de fébrilité que j'ai aiguisé mon crayon et apporté quelques
feuilles blanches à la table de la cuisine. Dehors, la lune fait miroiter
les glaçons surplombant les fenêtres de ma modeste demeure. Le vent fait
craquer les à neige en fin de soirée.

C'est drôle, tout me rappelle cette nuit de Noël 1932. Je n'ai jamais
raconté cette histoire à personne mais je peux vous affirmer qu'elle est
rigoureusement vraie. J'ai en effet passé l'âge de mentir pour me rendre
intéressant.

Samedi 24 décembre 1932, 14h30

Je m'enfonçais dans la neige fraîche jusqu'aux genoux. Mes bas de laine
étaient trempés, mon manteau était couvert de neige et mon lourd foulard
me battait le visage à chaque enjambée. J'avais le souffle court, les joues
rouges, mais je n'en continuais pas moins à avancer, déterminé. Voilà plus
d'une heure que j'étais parti de la maison en direction de la forêt qui
bordait les terres de mon père au nord. Ma mère m'avait interdit de m'y
rendre: dehors, il faisait un froid de loup et, selon elle, la neige se
mettrait de la partie en soirée. Mais moi, je n'avais rien voulu entendre.

***

- Tout le monde en a un et si papa ne veut pas s'en occuper c'est moi qui
vais aller le chercher! ai-je lancé, furieux.

Ma mère m'a jeté un long regard dans lequel, malgré mon jeune âge, j'ai pu
lire de la colère, de la honte et de la résignation. Elle s'est essuyé les
mains sur son tablier enfariné et m'a saisi par le bras. Le visage collé
sur le mien, elle a répliqué d'un ton ferme:

- Jules, tu vas arrêter tes petites crises et m'écouter une fois pour toutes,
a-t-elle dit. Si nous n'avons pas de sapin de Noël, c'est que ton père a
autre chose à faire. Il travaille dur au moulin. Grâce à lui, nous avons
pu acheter une dinde pour le réveillon. Dis-toi seulement que pendnt que
tu mangeras à ta faim, d'autres passeront un bien triste Noël.

Elle m'a finalement lâché, me défiant du regard d'ajouter quelque chose.
J'ai retraité dans ma chambre. Une heure plus tard, profitant de l'inattention
de ma mère, occupée à régler une dispute entre mes trois soeurs, je me suis
enfui par la porte de derrière et j'ai pris la direction du bois, la lourde
hache de mon père sur l'épaule.

***

Trouver un sapin de la bonne dimension a été plus difficile que je ne
l'avais imaginé. Les arbres étaient trop gros ou trop petits. Quand j'en
ai enfin aperçu un qui pouvait, selon mes estimations, à peu près entrer
dans notre salon, je me suis mis immédiatement au travail. Un vent glacial
s'était levé et soulevait de la poudrerie entre les branches dénudées des
érables et des bouleaux. Après quelques minutes de dur labeur, l'arbre a
cédé et j'ai pu rebrousser chemin. Cependant, les rafales avaient
complètement effacé les traces de mon passage. La nuit tombait rapidement
et au bout de quelques minutes j'ai bien été obligé de constater que
j'étais bel et bien perdu. La hache et le sapin entravaient ma progression.
Je ne savais pas quelle heure il était mais je savais une chose: j'allais
bientôt me mettre à crier.

Adossé à une épinette, je commençais à regretter amèrement de m'être lancé
dans cette aventure et d'avoir désobéi à ma mère. Je pensais à la dinde
rôtie du réveillon et les larmes me venaient aux yeux. Pendant ce temps,
la lune s'était levée. Elle répandait un éclairage fantomatique sur la
forêt balayée par le vent. Mes yeux se fermèrent, aussi incroyable que
cela puisse paraître, je crois m'être assoupi quelques instants.

C'est un léger tintement qui me sortit de ma torpeur. Mes membres avaient
commencé à s'engourdir, je les frictionnai avec vigueur. J'entendis de
nouveau le bruit, plus distinctement cette fois, et lorsque je tournai la
tête pour en déterminer l'origine, mon coeur s'arrêta...

Devant mes yeux, dans une petite clairière d'un blanc immaculé, six
chevreuils au pelage brun tacheté de blanc étaient attelés, deux par deux,
à un immense traîneau rouge. Un énorme sac de la même couleur avait été
déposé à l'arrière de la carriole. Personne n'était en vue. Le bruit que
j'avais entendu provenait de l'attelage: à chaque mouvement des bêtes, une
centaine de petits grelots tintaient joyeusement. En fait, ces bêtes
n'étaient pas des chevreuils mais des rennes! Et je suis sûr que ce chariot
appartenait au...

J'ai soudain entendu comme un rire lointain et le bruit de pas pesants qui
s'enfonçaient dans la neige. Le coeur battant, j'ai immédiatement compris
que je ne devais pas me trouver là. Que si le père Noël me voyait alors que
je n'étais pas endormi dans mon lit, il ne me laisserait pas de cadeaux.
Depuis quelques années, j'entretenais des doutes sur l'existence de ce
personnage qui récompense les enfants sages du monde entier la nuit de Noël.
Mais maintenant...

Sans savoir où j'allais, je me suis mis à courir de toutes mes forces,
abandonnant l'objet de mon escapade au pied de l'épinette. Le rire du
vieillard barbu semblait me poursuivre et, alors que je tournais la tête
pour percer les ténèbres du sous-bois, une branche basse me projeta à terre.
Des étoiles se sont mises à danser devant mes yeux avant qu'un voile noir
ne m'enveloppe.

Comme dans un songe, j'étais transporté dans un grand traîneau. Je me
souviens de l'énorme poche en tissu qui me surplombait, du large dos et de
la tuque rouge devant moi, des nuages de neige qui défilaient à toute
vitesse au-dessus de ma tête, des tintements enchantés, du rire joyeux et
du grelot d'argent tombé au fond du chariot. Puis, plus rien.

J'ai repris conscience dans les bras de ma mère et de mon père en pleurs
qui bénissaient le bon Dieu de me revoir en vie. Ils m'avaient retrouvé
étendu sur la galerie de la maison, le sapin et la hache appuyés près de
la porte. Il était minuit passé. Après m'avoir réchauffé et soigné, mes
parents m'ont offert de la dinde. Elle était délicieuse. Ensuite, nous
avons décoré mon sapin.

Mardi 24 décembre 1996, 23h45

Ma main me fait mal. Ça fait bientôt trois heures que j'écris. Si j'ai
ressenti des craintes avant de coucher cette histoire sur papier, elles se
sont maintenant toutes volatilisées.

Un soulagement envahit tout mon être.

Les années ont passé et j'ai grandi, remisant bien loin dans mon esprit
l'incroyable aventure qui m'était arrivée à 12 ans alors que j'avais
désobéi à ma mère pour aller chercher un sapin dans la forêt. Quand vous
êtes adultes, il y a toutes sortes de choses qui vous arrivent et qui sont
plus importantes que les souvenirs sans cesse ressassés ou les questions
sans réponses. Une interrogation comme celle-ci: le père Noël cherche-t-il
un grelot qui a disparu de son attelage de rennes?

Ce grelot d'argent que j'ai ramassé au fond du traîneau se trouve
aujourd'hui dans la poche de ma vieille veste de lainage. C'est la seule
preuve dont je dispose pour affirmer avec certitude que je n'ai rien
inventé. Pendant longtemps, j'ai espéré que son propriétaire viendrait
récupérer son bien. Peine perdue.

L'horloge vient de se mettre à sonner. Il est minuit. C'est Noël. Comme
promis, la neige tombe depuis un bon moment déjà. J'entends le vent qui
siffle dans les arbres. J'entends... oui, il me semble aussi entendre un
léger tintement. Un rire lointain, qui se rapproche. Un rire qui me
réchauffe le coeur. En fin de compte, peut-être que je ne fêterai pas Noël
tout seul.


Eric Bellemare
Décembre 1996
_________________
Je suis ici en tant que citoyenne planétaire, et les problèmes de la Terre entière, je les partage. (Inconnue)
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MessagePosté le: 04/07/2009 20:44:41    Sujet du message: Publicité

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