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Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore

 
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Mélane
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:31:39    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

IDYL. L'ARBRISSEAU


p3

à Monsieur le dr Alibert
la tristesse est rêveuse, et je rêve souvent ;
la nature m' y porte, on la trompe avec peine ;
je rêve au bruit de l' eau qui se promène,
au murmure du saule agité par le vent.
J' écoute : un souvenir répond à ma tristesse ;
un autre souvenir s' éveille dans mon coeur ;
chaque objet me pénètre, et répand sa couleur

p4

sur le sentiment qui m' oppresse.
Ainsi le nuage s' enfuit,
pressé par un autre nuage ;
ainsi le flot fuit le rivage,
cédant au flot qui le poursuit.
J' ai vu languir, au fond de la vallée,
un arbrisseau qu' oubliait le bonheur ;
l' aurore se levait sans éclairer sa fleur,
et pour lui la nature était sombre et voilée.
Ses printemps ignorés s' écoulaient dans la nuit ;
l' amour jamais d' une fraîche guirlande
à ses rameaux n' avait laissé l' offrande :
il fait froid aux lieux qu' amour fuit.
L' ombre humide éteignait sa force languissante ;
son front pour s' élever faisait un vain effort ;
un éternel hiver, une eau triste et dormante
jusque dans sa racine allaient porter la mort.
" hélas ! Faut-il mourir sans connaître la vie !
" sans avoir vu des cieux briller les doux
flambeaux !
" je n' atteindrai jamais de ces arbres si beaux
" la couronne verte et fleurie !
" ils dominent au loin sur les champs d' alentour ;
" on dit que le soleil dore leur beau feuillage,
" et moi, sous leur impénétrable ombrage,
" je devine à peine le jour !
" vallon où je me meurs, votre triste influence
" a préparé ma chute auprès de ma naissance.
" bientôt, hélas ! Je ne dois plus gémir !
" déjà ma feuille a cessé de frémir...
" je meurs, je meurs ! " ce douloureux murmure
toucha le dieu protecteur du vallon.
C' était le temps où le noir aquilon

p5

laisse, en fuyant, respirer la nature.
" non ! Dit le dieu ; qu' un souffle de chaleur
" pénètre au sein de ta tige glacée !
" ta vie heureuse est enfin commencée ;
" relève-toi, j' ai ranimé ta fleur.
" je te consacre aux nymphes des bocages ;
" à mes lauriers tes rameaux vont s' unir,
" et j' irai quelque jour sous leurs jeunes ombrages
" chercher un souvenir. "
l' arbrisseau, faible encor, tressaillit
d' espérance ;
dans le pressentiment il goûta l' existence.
Comme l' aveugle-né, saisi d' un doux transport,
voit fuir sa longue nuit, image de la mort,
quand une main divine entr' ouvre sa paupière,
et conduit à son âme un rayon de lumière :
l' air qu' il respire alors est un bienfait nouveau ;
il est plus pur ! Il vient d' un ciel si beau !
_________________
"là ou réside la liberté de l homme ,est sa pensée " V.H"
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:31:39    Sujet du message: Publicité

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Mélane
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:32:23    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

IDYL. LES ROSES


p6

L' air était pur, la nuit régnait sans voiles ;
elle riait du dépit de l' amour :
il aime l' ombre, et le feu des étoiles,
en scintillant, formait un nouveau jour.
Tout s' y trompait. L' oiseau, dans le bocage,
prenait minuit pour l' heure des concerts ;
et les zéphyrs, surpris de ce ramage,
plus mollement le portaient dans les airs.
Tandis qu' aux champs quelques jeunes abeilles
volaient encore en tourbillons légers,
le printemps en silence épanchait ses corbeilles
et de ses doux présents embaumait nos vergers.
ô ma mère ! On eût dit qu' une fête aux campagnes,
dans cette belle nuit, se célébrait tout bas ;
on eût dit que de loin mes plus chères compagnes
murmuraient des chansons pour attirer mes pas.

p7

J' écoutais, j' entendais couler, parmi les roses,
le ruisseau qui, baignant leurs couronnes écloses,
oppose un voile humide aux brûlantes chaleurs ;
et moi, cherchant le frais sur la mousse et les
fleurs,
je m' endormis. Ne grondez pas, ma mère !
Dans notre enclos qui pouvait pénétrer ?
Moutons et chiens, tout venait de rentrer.
Et j' avais vu Daphnis passer avec son père.
Au bruit de l' eau, je sentis le sommeil
envelopper mon âme et mes yeux d' un nuage,
et lentement s' évanouir l' image
que je tremblais de revoir au réveil :
je m' endormis. Mais l' image enhardie
au bruit de l' eau se glissa dans mon coeur.
Le chant des bois, leur vague mélodie,
en la berçant, fait rêver la pudeur.
En vain pour m' éveiller mes compagnes chéries,
en me tendant leurs bras entrelacés,
auraient fait de mon nom retentir les prairies ;
j' aurais dit : " non ! Je dors, je veux dormir !
Dansez ! "
calme, les yeux fermés, je me sentais sourire ;
des songes prêts à fuir je retenais l' essor ;
mais las de voltiger, (ma mère, j' en soupire,)
ils disparurent tous ; un seul me trouble encor,
un seul. Je vis Daphnis franchissant la clairière ;
son ombre s' approcha de mon sein palpitant :
c' était une ombre, et j' avais peur pourtant,
mais le sommeil enchaînait ma paupière.
Doucement, doucement, il m' appela deux fois ;
j' allais crier, j' étais tremblante ;
je sentis sur ma bouche une rose brûlante,
et la frayeur m' ôta la voix.

p9

Depuis ce temps, ne grondez pas, ma mère,
Daphnis, qui chaque soir passait avec son père,
Daphnis me suit partout pensif et curieux :
ô ma mère ! Il a vu mon rêve dans mes yeux !
_________________
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:34:10    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

IDYL. LA JOURNEE PERDUE

Me voici... je respire à peine !
Une feuille m' intimidait ;
le bruit du ruisseau m' alarmait ;
je te vois... je n' ai plus d' haleine !
Attends... je croyais aujourd' hui
ne pouvoir respirer auprès de ce que j' aime ;
je me sentais mourir, en ce tourment extrême,
de ta peine et de mon ennui.
Quoi ! Je cherche ta main, et tu n' oses sourire !
Ton regard me pénètre et semble m' accuser !
Je te pardonne, ingrat, tout ce qu' il semble dire ;
mais laisse-moi du moins le temps de m' excuser.
J' ai vu nos moissonneurs réunis sous l' ombrage ;
ils chantaient ; mais pas un ne dit bien ta chanson.
Ma mère, lasse enfin de veiller la moisson,
dormait. Je voyais tout, les yeux sur mon ouvrage.

p10

Alors, en retenant le souffle de mon coeur,
qui battait sous ma collerette,
je fuyais dans les blés, ainsi qu' une fauvette
quand on l' appelle, ou qu' elle a peur.
Je suivais en courant ton image chérie,
qui m' attirait, souriait comme toi ;
mais aux travaux de la prairie
les malins moissonneurs m' enchaînaient malgré moi.
L' un m' appelait si haut qu' il éveillait ma mère ;
je revenais confuse, en cueillant des pavots,
et, caressant ses yeux de leur fraîcheur légère,
je grondais le méchant qui troublait son repos.
Hélas ! J' aurais voulu m' endormir auprès d' elle,
mais je ne dors jamais le jour ;
la nuit même, la nuit me paraît éternelle,
et j' aime mieux te voir que de rêver d' amour.
Que mon coeur est changé ! Comme il était
tranquille !
Je le sentais à peine respirer.
Ah ! Quand il ne fait plus que battre et soupirer,
l' heure qui nous sépare au temps est inutile.
En voyant le soleil encor si loin du soir,
je me disais : " mon dieu ! Que ma mère est heureuse !
Le repos la surprend dès qu' elle peut s' asseoir ;
ma mère n' est pas amoureuse ! "
et je fermais les yeux pour rêver le bonheur ;
et mes yeux te voyaient couché dans ce bois sombre,
et, quand tu gémissais à l' ombre,
le soleil me brûlait le coeur.
Regarde : ce matin j' avais tressé ces fleurs ;
mais quoi ! Tout a langui des feux de la journée,
et la couronne à l' amour destinée
n' a servi qu' à voiler mes pleurs.

p11

Je pleurais : c' est que l' heure, à présent si
légère,
dormait comme ma mère.
Enfin le jour se cache et me prend en pitié,
enfin l' agneau bêlant quitte le pâturage ;
ma mère sans me voir est rentrée au village.
Et déjà ma promesse est remplie à moitié.
Je te vois, je te parle, et je te donne encore
ce bouquet dont l' éclat s' est perdu sur mon sein.
Demande-lui si je t' adore ;
moi, j' accours seulement pour te dire : " à demain !
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:34:49    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

IDYL. LA NUIT


p14

Viens ! Le jour va s' éteindre... il s' efface, et
je pleure.
N' as-tu pas entendu ma voix ? écoute l' heure ;
c' est ma voix qui te nomme et t' accuse tout bas ;
c' est l' amour qui t' appelle, et tu ne l' entends pas !
Mon courage se meurt. Toute à ta chère idée,
d' elle, de toi toujours tendrement obsédée,
pour ton ombre j' ai pris l' ombre d' un voyageur,
et c' était un vieillard riant de ma rougeur.
Eh quoi ! Le jour s' éteint ? N' est-ce pas un nuage,
un vain semblant du soir, un fugitif orage ?
Que je voudrais le croire ! Hélas ! Un si beau jour
ne devrait pas mourir sans consoler l' amour.
Viens ! Ce voile jaloux ne doit pas te surprendre.
Dans les cieux à son gré laisse-le se répandre ;
ne va pas comme moi le prendre pour la nuit,
quand son obscurité m' importune et me nuit.
Si le soleil plus pur allait paraître encore !
Si j' allais avec lui revoir ce que j' adore !

p15

Si je pouvais du moins, en lui livrant ces fleurs,
me cacher dans son sein, et rougir de mes pleurs !
Il me dirait : " je viens, j' accours, ma
bien-aimée !
" ce nuage qui fuit t' aurait-il alarmée ?
" la nuit est loin, regarde ! " et je verrais ses yeux
rendre la vie aux miens, et la lumière aux cieux.
Non ! Le jour est fini. Ce calme inaltérable,
l' oiseau silencieux fatigué de bonheur,
le chant vague et lointain du jeune moissonneur,
tout m' invite au repos... tout m' insulte et
m' accable.
Mais adieu tout ! Adieu, toi qui ne m' entends pas,
toi qui m' as retenu la moitié de mon être,
qui n' as pu m' oublier, qui vas venir peut-être !
Tu trouveras au moins la trace de mes pas,
si tu viens ! Adieu, bois où l' ombre est si
brûlante ! ...
nuit plus brûlante encor, nuit sans pavots pour moi,
tu règnes donc enfin ! Oui, c' est toi, c' est
bien toi !
Quand me rendras-tu l' aube ? Oh ! Que la nuit est
lente !
Hélas ! Si du soleil tu balances le cours,
tu vas donc ressembler au plus long de mes jours !
L' alouette est rentrée aux sillons ; la cigale
à peine dans les airs jette sa note égale ;
un souffle éveillerait les échos du vallon,
et les échos muets ne diront pas mon nom.
Et vous, dont la fatigue a suspendu la course,
vieillard ! Ne riez plus, si mes tristes accents...
non ! Déjà le sommeil appesantit ses sens ;
il rêve sa jeunesse au doux bruit de la source.
Oh ! Que je porte envie à ses songes confus !
Que je le trouve heureux ! Il dort, il n' attend plus.
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:35:30    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

IDYL. L'ABSENCE


p16

L' avez-vous rencontré ? Guidez-moi, je vous prie.
Il est jeune, il est triste, il est beau comme vous,
bel enfant, et sa voix, par un charme attendrie,
de la voix qui l' accueille est l' écho le plus doux.
Oh ! Rappelez-vous bien ! Sa démarche pensive
fait qu' on le suit longtemps et du coeur et des
yeux.
Il vous aura souri ; de l' enfance naïve,
naïf encore, il aime à contempler les jeux...
va jouer, bel enfant, va rire avec la vie,
car ton âge est sa fête, et déjà je l' envie.
Va ! Mais si ton bonheur te l' amène aujourd' hui,
souviens-toi que je pleure, et ne le dis qu' à lui.
Comme la route au loin se prolonge isolée !
Eh ! Pour qui ces jardins, ce soleil, ces ruisseaux ?
Je suis seule, et là-bas, sous de noirs
arbrisseaux,
la moitié de mon âme est errante et voilée.
Mes suppliantes mains voudraient la retenir :
j' ai cru respirer l' air qui va nous réunir !

p17

L' avez-vous rencontré, nymphe à la voix plaintive ?
L' avez-vous appelé ? S' est-il penché vers vous ?
Si son ombre a passé dans votre eau fugitive,
nymphe, rendez-la moi, je l' attends à genoux.
Mais jusqu' à l' oublier si vous êtes légère,
mais si vous n' emportez que vous dans l' avenir,
si l' image qui fuit vous devient étrangère,
de quoi vous plaignez-vous, nymphe sans souvenir ?
Quelle est cette autre enfant sous les saules
couchée ?
De paisibles rameaux enveloppent son sort ;
comme une jeune fleur dans la mousse cachée,
à l' abri des vents, elle dort.
L' orage aux traits brûlants ne l' a pas effeuillée ;
loin du monde et du jour lentement éveillée,
un jeune songe à peine ose effleurer ses sens ;
elle rit... qu' offre-t-il à ses voeux caressants ? ...
l' avez-vous rencontré, dites, belle ingénue ?
Sa voix, qui fait rêver, vous est-elle connue ?
Au fond d' un doux sommeil écoutez-vous ses pas ?
Non, si vous l' aviez vu vous ne dormiriez pas !
Dormez. Je vous rendrais et pensive et peureuse,
vous diriez : " dès qu' on aime on n' est donc plus
heureuse ! "
je ne sais. Pour la paix de vos nuits, de vos jours,
ignorez-le toujours.
Mais de nouveaux sentiers s' ouvrent à ma
tristesse :
je voudrais tous les suivre, et je n' ose choisir.
L' espoir les choisit tous. Oh ! Qu' il a de
vitesse !
Il m' appelle partout... où vais-je le saisir ? ...
au pied de la chapelle où serpente le lierre,
courbé par la prière,
un vieillard indigent porte aussi ses douleurs.
Allons ! Ses yeux éteints ne verront pas mes pleurs.
Comme il prie ! On dirait qu' une lumière heureuse

p18

pour éclairer son front vient d' entr' ouvrir les
cieux.
On dirait que le jour est rentré dans ses yeux,
ou qu' il bénit tout bas une main généreuse.
Dieu ! L' a-t-il rencontré ? Si calme, si content,
presse-t-il un bienfait sur son coeur palpitant ?
Est-ce lui qu' il bénit ? Et la voix que j' adore,
dans ce coeur consolé résonne-t-elle encore ? ...
écoutez-moi, mon père, au nom de ce bienfait !
Celui qui vous l' offrit à vous m' a demandée
peut-être ? ... oh ! Que ma main, par la sienne
guidée,
joigne son humble offrande au don qu' il vous a fait.
Mais, en vous consolant, soupirait-il, mon père ?
Déchiré du tourment dont il me désespère,
injuste, mais fidèle, en soupçonnant ma foi,
vous a-t-il dit : " priez et pour elle et pour moi ? "
oui, je sais qu' il est triste, et qu' un accent
plus tendre
au malheureux jamais n' a su se faire entendre.
Oui, je vais retrouver mon bonheur qu' il troubla,
car mon bonheur, c' est lui, mon père, et le voilà !
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:36:12    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

IDYL. LES DEUX BERGERES


p19

Doris
que fais-tu, pauvre Hélène, au bord de ce ruisseau ?
Hélène
je regarde ma vie, en voyant couler l' eau.
Son cours languit, Doris ! Il n' aime plus la rive ;
dans nos champs qu' il arrose il roule quelque ennui.
écoute ! Il porte au bois sa musique plaintive ;
et je voudrais au bois me plaindre comme lui.
Doris
de quoi te plaindrais-tu ?
Hélène
je ne saurais le dire.
Ce ruisseau paraît calme, et pourtant il soupire.

p20

On ne sait trop s' il fuit... s' il cherche... s' il
attend...
mais il est malheureux, puisque mon coeur
l' entend.
Doris
tu rêves. Son cristal est pur, vif et limpide ;
on le dirait joyeux de caresser des fleurs.
Hélène
pour moi, j' y reconnais une douleur timide :
souvent dans un sourire on devine des pleurs.
Toi qui chantes toujours, tu ne peux le comprendre.
Ma voix n' a plus d' essor, et j' ai le temps
d' apprendre
qu' un chagrin se révèle en soupirant tout bas :
si je pouvais chanter, je ne l' entendrais pas !
Doris
s' il parle, il dit au bois que nous sommes jolies,
que s' il a ralenti son cours précipité,
c' est qu' il croit voir en toi les grâces recueillies,
et qu' il prend du plaisir à doubler ma beauté.
Voilà (je te dis tout) ce qu' un berger m' assure ;
sa parole est sincère ; et, pour preuve, il le jure.
Hélène
il le jure. Ah ! Prends garde ! Et si tu veux bien
voir,
Doris, ne choisis pas un flatteur pour miroir.
Doris
si tu savais son nom, tu serais bien honteuse.
Hélène
bergère, il est berger ; sa parole est douteuse.

p21

Doris
il m' a dit qu' au rivage il tracerait un jour,
pour l' orgueil du ruisseau, mon chiffre et son amour.
Hélène
l' amour aime à tracer les serments sur le sable ;
un coup de vent répond de sa fidélité.
D' une plume légère il compose une fable ;
ses flèches dans nos coeurs gravent la vérité.
Doris
oh ! Les tristes leçons ! Du ruisseau qui les donne
troublons les flots jaloux ; qu' ils n' affligent
personne !
Hélène
tu peux troubler ses flots, mais non pas les tarir.
Quand les jours sont moins purs, cessent-ils de
courir ?
La pierre d' un long cercle a ridé sa surface ;
elle tombe, l' eau roule, et le cercle s' efface.
Doris
ô ma chère compagne ! En est-il des beaux jours
comme de ce tableau ?
Hélène
c' est celui des amours.
Doris
mais par une amoureuse et touchante aventure,
lorsque tu le crois seul, errant et malheureux,
il trouve un filet d' eau caché sous la verdure,
et l' emporte gaîment dans son sein amoureux.

p22

Hélène
mais il arrive à peine au fond de la vallée.
Surpris par le torrent qui l' entraîne à son tour,
il y jette à regret son onde désolée,
et les ruisseaux unis s' y perdent sans retour.
Doris
eh bien ! Je n' irai pas jusqu' au torrent, bergère,
donner à leur destin d' inutiles soupirs ;
j' irai me regarder à la source légère
qui se livre, naissante, au souffle des zéphyrs.
Sur ses rives de mousse et de roseaux parées,
le soir, je conduirai mes brebis altérées.
Ainsi, dans l' eau, qui change au caprice des vents,
tu verras tes ennuis, je verrai mes beaux ans.
Hélène
oh ! N' abandonne pas nos tranquilles demeures !
Laisse y couler en paix tes innocentes heures ;
ne donne ni tes pas ni tes voeux au hasard !
On se hâte, on s' arrête, on tremble... il est
trop tard.
évite le sentier trop voisin de son onde :
il égare, il conduit loin, bien loin du hameau,
dans une solitude isolée et profonde,
où l' eau, comme des pleurs, coule auprès d' un
tombeau.
Un coeur tendre s' y cache au jour qu' il semble
craindre ;
il n' a que ce ruisseau pour l' entendre et le
plaindre :
peut-être qu' à lui seul il confie un regret...
Doris, ne va jamais surprendre son secret !
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:36:55    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

IDYL. LA FONTAINE


p23

Et moi je n' aime plus la fontaine d' eau vive,
dont la molle fraîcheur m' attirait vers le soir ;
et, comme l' autre été, dormeuse, sur sa rive
je ne vais plus m' asseoir.
Dans les saules émus passe-t-elle affaiblie ?
Je fuis vers le sentier qui ramène au hameau,
sans oser regarder si du plus jeune ormeau
elle baigne l' écorce et le nom que j' oublie !
Que son cristal mouvant épure les zéphyrs,
que la fleur soit contente en s' y voyant éclore,
qu' un front riant s' admire en son eau qu' il colore,
l' eau ne roulera plus au bruit de mes soupirs.
Je l' aimais l' autre été, j' aimais tout ! Simple
et tendre,
je croyais tout sincère à l' égal de mon coeur :
eh bien ! Comme une voix que j' y venais entendre,
à présent tout me semble infidèle et moqueur.

p24

Cette murmurante fontaine,
appelant un secret qu' elle ne comprend pas,
semblait me demander ma peine,
et son charme égarait mes pas.
Elle est douce à l' oreille : oh ! C' est qu' elle
est flatteuse.
Une image nouvelle y glisse tous les jours.
Elle parle... elle est libre... hélas ! Elle est
heureuse ;
mais libre, elle est ingrate et s' échappe toujours.
Et moi je n' aime plus la fontaine d' eau vive,
dont la molle fraîcheur m' attirait vers le soir,
et, comme l' autre été, rêveuse, sur sa rive
je ne vais plus m' asseoir.

IDYL. UNE JEUNE FILLE ET SA MERE


p25

La Jeune Fille
ce jour si beau, ma mère, était-ce un jour de fête ?
La Mère
quel jour ? Dors-tu ? D' où vient que tu
n' achèves pas ?
La Jeune Fille
c' est qu' en le rappelant, ma voix tremble et
s' arrête ;
je cesse d' en parler pour y penser tout bas...
ce jour donnait des fleurs que je n' avais point vues ;
mille parfums nouveaux sortaient des champs
plus verts,
et pour ces douceurs imprévues
les oiseaux plus nombreux inventaient des concerts ;
le soleil répandait comme une autre lumière,

p26

il embrasait le ciel, il brûlait ma paupière,
il éclairait ma vie avec d' autres couleurs...
La Mère
d' où vient qu' un si beau jour te fait verser
des pleurs ?
D' où vient que de tes mains s' échappe ton ouvrage ?
La Jeune Fille
ma mère, je languis, je n' ai plus de courage.
Si vous saviez mon mal, vous pourriez le guérir :
forcez-moi de parler, car j' ai peur de mourir.
La Mère
parle-donc ! N' est-ce pas le jour de ta naissance ?
Car c' est la fête aussi du maternel séjour.
La Jeune Fille
non. Je plaignais alors ceux qu' afflige l' absence,
et Daphnis, au hameau, n' était pas de retour.
La Mère
Daphnis ! Que fait Daphnis à la nature entière ?
De son père à la ville il conduit les troupeaux ;
il a déjà sans doute oublié sa chaumière.
La Jeune Fille
non ! Ma mère. C' est lui qui fait les jours si beaux !
La Mère
je l' ai cru pour six mois absent de la contrée.

p27

La Jeune Fille
je le craignais aussi, mais il m' a rencontrée.
Il arrivait tout seul, j' étais seule à mon tour...
ma mère, quel bonheur ! Daphnis m' a dit bonjour.
La Mère
et toi ?
La Jeune Fille
j' ai dit bonjour, car vous aimez son père.
Il a bien des vertus, n' est-il pas vrai, ma mère ?
La Mère
et son fils ?
La Jeune Fille
on dirait que c' est son père enfant.
Ce bon vieillard se plaint de n' avoir point de fille :
c' est une fleur, dit-il, qui pare une famille.
Alors, il me regarde et m' embrasse souvent.
La Mère
et son fils ?
La Jeune Fille
il soutient que l' absence est cruelle...
je le savais ! ... il sait qu' on peut mourir par elle,
qu' à chaque instant du jour il faut en soupirer,
et qu' en chantant surtout on est près de pleurer.
" dans mes ennuis, dit-il, j' ai fait une couronne ;
" elle est fanée, hélas ! Pourtant je te la donne. "
je l' ai sentie alors descendre sur mes yeux,
et je n' y voyais plus ; mais sa voix est si tendre !
Et depuis si longtemps je n' avais pu l' entendre !
Et quand on n' y voit plus, ma mère, on entend mieux.

p28

La Mère
qu' a-t-il donc ajouté ?
La Jeune Fille
que son coeur lui conseille
de quitter un vain bruit pour le calme des champs,
pour nos danses du soir, nos fêtes, nos doux chants,
pour retrouver ma voix qui manque à son oreille ;
que son père le plaint et le fait revenir :
" mais, a-t-il dit plus bas, que vais-je devenir ?
" mon père te connaît, il sait donc que je t' aime,
" et moi je ne sais pas si tu penses de même ? "
je n' ai pu le lui dire avant de vous parler,
ma mère, et j' ai senti qu' il fallait m' en aller.
La Mère
tu l' as quitté ?
La Jeune Fille
j' étais tremblante,
je ne pouvais courir. Une joie accablante
me retenait toujours, toujours je m' arrêtais.
La Mère
et que répondais-tu ?
La Jeune Fille
ma mère, j' écoutais.
Depuis, pour vous parler, je reste à la chaumière.
Daphnis en vain m' attend, je pleure en vain
tout bas ;
je ne puis parler la première,
et vous ne me devinez pas !

p29

Je tremble auprès de lui, je tremble ici de même :
nos tourments ne sont pas finis !
Jamais je n' oserai vous dire que je l' aime...
La Mère
eh bien ! Je te permets de le dire à Daphnis.
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:37:38    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

ELEGIES L'INQUIETUDE


p33

Qu' est-ce donc qui me trouble ? Et qu' est-ce que
j' attends ?
Je suis triste à la ville, et m' ennuie au village ;
les plaisirs de mon âge
ne peuvent me sauver de la longueur du temps.
Autrefois, l' amitié, les charmes de l' étude
remplissaient sans effort mes paisibles loisirs.
Oh ! Quel est donc l' objet de mes vagues désirs ?
Je l' ignore et le cherche avec inquiétude.
Si pour moi le bonheur n' était pas la gaîté,
je ne le trouve plus dans ma mélancolie ;
mais si je crains les pleurs autant que la folie,
où trouver la félicité ?

p34

Et vous qui me rendiez heureuse,
avez-vous résolu de me fuir sans retour ?
Répondez, ma raison ! Incertaine et trompeuse,
m' abandonnerez-vous au pouvoir de l' amour ? ...
hélas ! Voilà le nom que je tremblais d' entendre.
Mais l' effroi qu' il inspire est un effroi si doux !
Raison, vous n' avez plus de secret à m' apprendre,
et ce nom, je le sens, m' en a dit plus que vous.

ELEGIES LE CONCERT


p35

Quelle soirée ! ô dieu ! Que j' ai souffert !
Dans un trouble charmant je suivais l' espérance ;
elle enchantait pour moi les apprêts du concert,
et je devais y pleurer ton absence !
Dans la foule cent fois j' ai cru t' apercevoir ;
mes voeux toujours trahis n' embrassaient que ton
ombre ;
l' amour me la laissait tout à coup entrevoir,
pour l' entraîner bientôt vers le lieu le plus
sombre !
Séduite par mon coeur toujours plus agité,
je voyais dans le vague errer ta douce image,
comme un astre chéri qu' enveloppe un nuage,
par des rayons douteux perce l' obscurité...
et toi ! Que faisais-tu, mon idole chérie,
quand ton absence éternisait le jour ?
Quand je donnais tout mon être à l' amour,
m' as-tu donné ta rêverie ?

p36

As-tu gémi de la longueur du temps ?
D' un soir,... d' un siècle écoulé pour attendre ?
Non ! Son poids douloureux accable le plus tendre ;
seule, j' en ai compté les heures, les instants :
j' ai langui sans bonheur, de moi-même arrachée ;
et toi, tu ne m' as point cherchée !
Mais quoi ! L' impatience a soulevé mon sein,
et, lasse de rougir de ma tendre infortune,
je me dérobe à ce bruyant essaim
des papillons du soir, dont l' hommage importune.
L' heure, aujourd' hui si lente à s' écouler pour moi,
ne marche pas encore avec plus de vitesse ;
mais je suis seule au moins, seule avec ma
tristesse,
et je trace, en rêvant, cette lettre pour toi,
pour toi, que j' espérais, que j' accuse, que j' aime !
Pour toi, mon seul désir, mon tourment, mon
bonheur !
Mais je ne veux la livrer qu' à toi-même,
et tu la liras sur mon coeur.

ELEGIES LE BILLET


p37

Message inattendu, cache-toi sur mon coeur !
Cache-toi ! Je n' ose te lire.
Tu m' apportes l' espoir ; ne fût-il qu' un délire,
je te devrai du moins l' ombre de mon bonheur !
Prolonge dans mon sein ma tendre inquiétude ;
je désire à la fois et crains la vérité :
on souffre de l' incertitude,
on meurt de la réalité !
Recevoir un billet du volage qu' on aime,
c' est presque le revoir lui-même.
En te pressant, déjà j' ai cru presser sa main ;
en te baignant de pleurs, j' ai pleuré sur son sein ;
et, si le repentir y parle en traits de flamme,
en lisant cet écrit je lirai dans son âme,
j' entendrai le serment qu' il a fait tant de fois,
et j' y reconnaîtrai jusqu' au son de sa voix.

p38

Sous cette enveloppe fragile
l' amour a renfermé mon sort...
ah ! Le courage est difficile,
quand on attend d' un mot ou la vie ou la mort.
Mystérieux cachet, qui m' offres sa devise,
en te brisant rassure-moi :
non, le détour cruel d' une affreuse surprise
ne peut être scellé par toi.
Au temps de nos amours je t' ai choisi moi-même ;
tu servis les aveux d' une timide ardeur,
et sous le plus touchant emblême
je vais voir le bonheur.
Mais, si tu dois détruire un espoir que j' adore,
amour, de ce billet détourne ton flambeau ;
par pitié ! Sur mes yeux attache ton bandeau,
et laisse-moi douter quelques moments encore !

ELEGIES L'INSOMNIE


p39

Je ne veux pas dormir... ô ma chère insomnie,
quel sommeil aurait ta douceur !
L' ivresse qu' il accorde est souvent une erreur,
et la tienne est réelle, ineffable, infinie.
Quel calme ajouterait au calme que je sens ?
Quel repos plus profond guérirait ma blessure ?
Je n' ose pas dormir, non ! Ma joie est trop pure ;
un rêve en distrairait mes sens.
Il me rappellerait peut-être cet orage
dont tu sais enchanter jusques au souvenir ;
il me rendrait l' effroi d' un douteux avenir,
et je dois à ma veille une si douce image !
Un bienfait de l' amour a changé mon destin :
oh ! Qu' il m' a révélé de touchantes nouvelles !
Son message est rempli, je n' entends plus ses ailes,
j' entends encor : demain, demain !

p40

Berce mon âme en son absence,
douce insomnie, et que l' amour
demain me trouve, à son retour,
riante comme l' espérance !
Pour éclairer l' écrit qu' il laissa sur mon coeur,
sur ce coeur qui tressaille encore,
ma lampe a ranimé sa propice lueur,
et ne s' éteindra qu' à l' aurore.
Laisse à mes yeux ravis briller la vérité ;
écarte le sommeil, défends-moi de tout songe :
il m' aime, il m' aime encore ! ô dieu ! Pour
quel mensonge
voudrais-je me soustraire à la réalité ?
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:38:51    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

ELEGIES LA PRIERE PERDUE


p44

Inexplicable coeur, énigme de toi-même,
tyran de ma raison, de la vertu que j' aime,
ennemi du repos, amant de la douleur,
que tu me fais de mal, inexplicable coeur !
Si l' horizon plus clair me permet de sourire,
de mon sort désarmé tu trompes le dessein ;
dans ma sécurité tu ne vois qu' un délire ;
d' une vague frayeur tu soulèves mon sein.
Si de tes noirs soupçons l' amertume m' oppresse,
si je veux par la suite apaiser ton effroi,
tu demandes du temps, quelques jours, rien ne presse ;
j' hésite, tu gémis, je cède malgré moi.
Que je crains, ô mon coeur, ce tyrannique empire !
Que d' ennuis, que de pleurs il m' a déjà coûté !
Rappelle-toi ce temps de liberté,
ce bien perdu dont ma fierté soupire.

p45

Tu me trahis toujours, et tu me fais pitié.
Crois-moi, rends à l' amour un sentiment trop tendre ;
pour ton repos, si tu voulais m' entendre,
tu n' en aurais encor que trop de la moitié !
" non, dis-tu, non, jamais ! " trop faible esclave,
écoute,
écoute ! Et ma raison te pardonne et t' absout :
rends-lui du moins les pleurs ! Tu vas céder sans
doute ?
Hélas ! Non ! Toujours non ! ô mon coeur ! Prends
donc tout.

ELEGIES A L'AMOUR


p46

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
ces lettres qui font mon supplice,
ce portrait qui fut ton complice ;
il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.
Je te rends ce trésor funeste,
ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
sera bientôt froid comme lui.
Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
c' est que j' ai cru te voir sous ces traits que
j' abhorre.
Oui, j' ai cru rencontrer le regard d' un trompeur ;
ce fantôme a troublé mon courage timide.
Ciel ! On peut donc mourir à l' aspect d' un perfide,
si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
la flamme de ses yeux a passé devant moi ;

p47

je rougis d' oublier qu' enfin tout nous sépare ;
mais je n' en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s' expriment avec peine !
Amour... que je te hais de m' apprendre la haine !
éloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
ces lettres, qui font mon supplice,
ce portrait, qui fut ton complice ;
il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !
Cache au moins ma colère au cruel qui t' envoie,
dis que j' ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
en lui peignant mes douloureux transports,
tu lui donnerais trop de joie.
Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
il voulut essayer sa cruauté novice
sur un coeur simple et malheureux.
Quand tu voudras encore égarer l' innocence,
quand tu voudras voir brûler et languir,
quand tu voudras faire aimer et mourir,
n' emprunte pas d' autre éloquence.
L' art de séduire est là, comme il est dans son coeur !
Va ! Tu n' as plus besoin d' étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.
Ne change rien aux aveux pleins de charmes
dont la magie entraîne au désespoir :
tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes...
il n' ose me répondre, il s' envole... il est loin.
Puisse-t-il d' un ingrat éterniser l' absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
j' aime mieux souffrir sans témoin.

p49

Il ne reviendra plus, il sait que je l' abhorre ;
je l' ai dit à l' amour, qui déjà s' est enfui.
S' il osait revenir, je le dirais encore :
mais on aproche, on parle... hélas ! Ce n' est
pas lui !

ELEGIES LES LETTRES

Hélas ! Que voulez-vous de moi,
lettres d' amour, plaintes mystérieuses,
vous dont j' ai repoussé longtemps avec effroi
les prières silencieuses ?
Vous m' appelez... je rêve, et je cherche, en
tremblant,
sur mon coeur une clef qui jamais ne s' égare :
d' un éclair l' intervalle à présent nous sépare,
mais cet intervalle est brûlant !
Je n' ose respirer ! Triste sans amertume,
au passé, malgré moi, je me sens réunir :
las d' oppresser mon sein, l' ennui qui me consume
va m' attendre dans l' avenir.
Je cède ! Prends sa place, ô délirante joie !
Laisse fuir la douleur, cache-moi l' horizon :
elle t' abandonne sa proie,
je t' abandonne ma raison !

p50

Oui, du bonheur vers moi l' ombre se précipite :
de ce pupitre ouvert l' amour s' échappe encor.
Où va mon âme ? ... elle me quitte !
Plus prompte que ma vue, elle atteint son trésor !
Il est là ! ... toujours là, sous vos feuilles
chéries,
frêles garants d' une éternelle ardeur !
Unique enchantement des tristes rêveries
où m' égare mon coeur !
De sa pensée, échos fidèles,
de ses voeux, discrets monuments,
l' amour, qui l' inspirait, a dépouillé ses ailes
pour tracer vos tendres serments.
Soulagement d' un coeur, et délices de l' autre,
ingénieux langage et muet entretien,
l' empire de l' absence est détruit par le vôtre ;
je vous lis, mon regard est fixé sur le sien !
Ne renfermez-vous pas la promesse adorée
qu' il n' aimera que moi... qu' il aimera toujours ? ...
cette fleur qu' il a respirée,
ce ruban qu' il porta deux jours ?
Comme la volupté que j' ai connue à peine,
la fleur exhale encore un parfum ravissant ;
n' est-ce pas sa brûlante haleine ?
N' est-ce pas de son âme un souffle caressant ?
Du ruban qu' il m' offrit que la couleur est belle !
Le ciel n' a pas un bleu plus pur :
non, des cieux le voile d' azur
ne me charmerait pas comme elle !
Qu' ai-je lu ? ... le voilà son éternel adieu !
Je touchais au bonheur, il m' en a repoussée.
En appelant l' espoir, ma langue s' est glacée,
et ma froide compagne est rentrée en ce lieu !

p52

ô constante douleur ! Sombre comme la haine,
vous voilà de retour !
Prenez votre victime, et rendez-lui sa chaîne ;
moi, je vous rends un coeur encor tremblant
d' amour !

ELEGIES LA NUIT D'HIVER

Qui m' appelle à cette heure et par le temps
qu' il fait ?
C' est une douce voix, c' est la voix d' une fille.
Ah ! Je te reconnais, c' est toi, muse gentille !
Ton souvenir est un bienfait.
Inespéré retour ! Aimable fantaisie !
Après un an d' exil qui t' amène vers moi ?
Je ne t' attendais plus, aimable poésie ;
je ne t' attendais plus, mais je rêvais à toi.
Loin du réduit obscur où tu viens de descendre,
l' amitié, le bonheur, la gaieté, tout a fui.
ô ma muse ! Est-ce toi que j' y devais attendre ?
Il est fait pour les pleurs et voilé par l' ennui.
Ce triste balancier, dans son bruit monotone,
marque d' un temps perdu l' inutile lenteur ;
et j' ai cru vivre un siècle, enfin, quand
l' heure sonne
vide d' espoir et de bonheur.

p53

L' hiver est tout entier dans ma sombre retraite :
quel temps as-tu daigné choisir ?
Que doucement par toi j' en suis distraite !
Oh ! Quand il nous surprend, qu' il est beau le
plaisir !
D' un foyer presque éteint la flamme salutaire
par intervalle encor trompe l' obscurité ;
si tu veux écouter ma plainte solitaire,
nous causerons à sa clarté.
Petite muse, autrefois vive et tendre,
dont j' ai perdu la trace au temps de mes malheurs,
as-tu quelque secret pour charmer les douleurs ?
Viens ! Nul autre que toi n' a daigné me l' apprendre.
écoute ! Nous voilà seules dans l' univers,
naïvement je vais tout dire :
j' ai rencontré l' amour, il a brisé ma lyre ;
jaloux d' un peu de gloire, il a brûlé mes vers.
" je t' ai chanté, lui dis-je, et ma voix, faible
encore,
dans ses premiers accents parut juste et sonore.
Pourquoi briser ma lyre ? Elle essayait ta loi.
Pourquoi brûler mes vers ? Je les ai faits pour toi.
Si des jeunes amants tu troubles le délire,
cruel, tu n' auras plus de fleurs dans ton empire ;
il en faut à mon âge, et je voulais, un jour,
m' en parer pour te plaire, et te les rendre, amour !
" déjà je te formais une simple couronne,
fraîche, douce en parfums. Quand un coeur pur
la donne,
peux-tu la dédaigner ? Je te l' offre à genoux ;
souris à mon orgueil et n' en sois point jaloux.
Je n' ai jamais senti cet orgueil pour moi-même,
mais il dit mon secret, mais il prouve que j' aime.
Eh bien ! Fais le partage en généreux vainqueur :

p54

amour, pour toi la gloire, et pour moi le bonheur.
C' est un bonheur d' aimer, c' en est un de le dire.
Amour, prends ma couronne, et laisse-moi ma lyre ;
prends mes voeux, prends ma vie ; enfin,
prends tout, cruel !
Mais laisse-moi chanter au pied de ton autel. "
et lui : " non, non ! Ta prière me blesse ;
dans le silence, obéis à ma loi :
tes yeux en pleurs, plus éloquents que toi,
révèleront assez ma force et ta faiblesse. "
muse, voilà le ton de ce maître si doux.
Je n' osai lui répondre, et je versai des larmes.
Je sentis ma blessure, et je maudis ses armes.
Pauvre lyre ! Je fus muette comme vous !
L' ingrat ! Il a puni jusques à mon silence.
Lassée enfin de sa puissance,
muse, je te redonne et mes voeux et mes chants.
Viens leur prêter ta grâce, et rends-les plus
touchants.
Mais tu pâlis, ma chère, et le froid t' a saisie !
C' est l' hiver qui t' opprime et ternit tes couleurs.
Je ne puis t' arrêter, charmante poésie !
Adieu ! Tu reviendras dans la saison des fleurs.
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:39:55    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

ELEGIES A M. A. DE LAMARTINE


p261

réponse
triste et morne sur le rivage
où l' espoir oublia mes jours,
j' enviais à l' oiseau sauvage
les cris qu' il pousse dans l' orage
et que je renferme toujours !
Et quand l' eau s' enfuyait, semée
de tant d' heures, de tant de mois,
sous ma voile sombre et fermée,
d' une vie autrefois aimée
je ne traînais plus que le poids.

p262

J' osais, au fond de ma misère,
rêvant sous mes genoux pliés,
sans haleine pour ma prière,
murmurer à Dieu : " Dieu, mon père !
Mon père ! Vous nous oubliez !
" vous ne donnez repos ni trêve,
ni calme à notre errant esquif
tantôt échoué sur la grève,
tantôt emporté comme un rêve,
perdu dans l' orage ou captif !
" partout où le malheur l' égare,
une mère a peur de mourir ;
j' ai peur : j' ose nommer barbare
le destin mobile et bizarre
qui fit mes enfants pour souffrir !
" qui prendra la rame affligée,
quand la barque sans mouvement,
de mon faible poids allégée,
leur paraîtra vide, changée,
et sur un plus morne élément ?
" sans char, sans prêtre, au cimetière
leur piété me conduira ;
puis, d' un peu de buis ou de lierre,
doux monument de sa prière,
le plus tendre me couvrira ! ... "
tout passe ! Et je vis disparaître
l' orage avec l' oiseau plongeur ;

p263

et sur mon étroite fenêtre
la lune, qui venait de naître,
répandit sa douce blancheur.
J' étendis mes bras devant elle,
comme pour atteindre un ami
dont le pas vivant et fidèle
tout à coup au coeur se révèle
sur le seuil longtemps endormi.
Je ne sais quelle voix puissante
retint mon souffle suspendu ;
voix d' en haut, brise ravissante,
qui me relevait languissante,
comme si Dieu m' eût répondu !
Mais pour trop d' espoir affaiblie,
et voilant mes pleurs sous ma main,
j' ai dit dans ma mélancolie :
" lorsque tout m' ignore ou m' oublie,
quel ange est donc sur mon chemin ? "
c' était vous ! J' entendis des ailes
battre au milieu d' un ciel plus doux ;
et sur le sentier d' étincelles
que formaient d' ardentes parcelles,
l' ange qui venait, c' était vous !
Oui, du haut de son vol sublime,
Lamartine jetait mon nom,
comme d' une invisible cime,
à la barque, au bord de l' abîme,
le ciel ému jette un rayon !

p264

Doux comme une voix qui pardonne,
depuis que ton souffle a passé
sur mon front pâle et sans couronne,
une sainte pitié résonne
autour de mon sort délaissé !
Jamais, dans son errante alarme,
la péri, pour porter aux cieux,
ne puisa de plus humble larme
que le pleur plein d' un triste charme
dont tes chants ont mouillé mes yeux !
Mais dans ces chants que ma mémoire
et mon coeur s' apprennent tout bas,
doux à lire, plus doux à croire,
oh ! N' as-tu pas dit le mot gloire ?
Et ce mot, je ne l' entends pas.
Car je suis une faible femme,
je n' ai su qu' aimer et souffrir ;
ma pauvre lyre, c' est mon âme,
et toi seul découvres la flamme
d' une lampe qui va mourir.
Devant tes hymnes de poète,
d' ange, hélas ! Et d' homme à la fois,
cette lyre inculte, incomplète,
longtemps détendue et muette,
ose à peine prendre une voix.
Je suis l' indigente glaneuse
qui d' un peu d' épis oubliés

p265

a paré sa gerbe épineuse,
quand ta charité lumineuse
verse du blé pur à mes pieds.
Oui ! Toi seul auras dit : " vit-elle ? "
tant mon nom est mort avant moi !
Et sur ma tombe l' hirondelle
frappera seule d' un coup d' aile
l' air harmonieux comme toi.
Mais toi, dont la gloire est entière
sous sa belle égide de fleurs,
poète ! Au bord de ta paupière,
dis vrai ! Sa puissante lumière
a-t-elle arrêté bien des pleurs ?
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:41:04    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

Ce document est extrait de la base de données textuelles Frantext réalisée par l'Institut National de la Langue Française (INaLF)

Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore [Document électronique]. I. 1819-1833. Idylles. Élégies / [publ. par Auguste Lacaussade]

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/Document/CadresPage.jsp?O=NUMM-88145&I…
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:43:38    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

ELEGIES LE CONVOI D'UN ANGE


p258

Mon dieu ! Ce que j' entends si suave en moi-même,
qui s' éveille, qui chante au milieu de mon coeur,
sonore tremblement qui m' attriste et que j' aime,
est-ce un timbre dans l' âme ? Est-ce un oiseau
moqueur,
qui fait ces voix d' enfant autre part entendues,
douces voix que la terre a pour jamais perdues ?
Dieu ! Quel écho profond pour de si faibles voix !
Quand j' ignorais la mort, je pense qu' une fois
on me fit blanche et belle, et qu' on serra ma tête
d' une tresse de fleurs comme pour une fête ;
qu' une gaze tombait sur mes souliers plus beaux ;
et qu' à travers le jour nous portions des
flambeaux :
et puis, qu' un long ruban nous tenait, jeunes filles
prises pour le cortège au sein de nos familles.

p259

Oui, de mes jours pleurés je vois sortir ce jour
tout soleil ! Ruisselant sur la fraîche chapelle
où je voudrais prier quand je me la rappelle.
Enfants, nous emportions à son dernier séjour
un enfant plus léger, plus peureux de la terre,
et qui s' en retournait habillé de mystère,
furtif comme l' oiseau sur nos toits entrevu,
posé pour nous chanter son passage imprévu,
dont la flèche invisible a détendu les ailes,
et qui se traîne aux fleurs, et disparaît sous elles !
Je souriais pourtant, car je ne savais pas
si l' église tintait la vie ou le trépas.
Ma mère était plus tendre et me pressait contre elle.
" Dieu ! " disait-elle, " ô Dieu ! Cachez-la dans
votre aile ! "
et puis en me baisant : " tu laisseras tomber
tes fleurs en saluant l' autel de la madone ;
dans l' eau sainte, petite, il faut les imbiber ;
mets ton flambeau dans l' ombre ; elle sait bien
qui donne.
Regarde si la flamme a monté vers les cieux,
ma fille, et ne va pas en détourner les yeux !
Tiens, voilà pour le pauvre : il faut l' aider ;
il prie
celle qui va te voir et qu' on nomme Marie. "
émue elle ajouta : " toi, tu vivras toujours ! "
et je trouvai ce jour plus beau que d' autres jours.
Nous entrâmes sans bruit dans la chapelle ouverte,
étrangère au soleil sous sa coupole verte.
Là, comme une eau qui coule au milieu de l' été,
on entendait tout bas courir l' éternité.
Quelque chose de tendre y languissait : du lierre
y tenait doucement la vierge prisonnière ;
parmi le jour douteux qui flottait dans le choeur,
on voyait s' abaisser et s' élever son coeur.

p260

Je le croirai toujours : c' était comme une femme
sur ses genoux émus tenant son premier-né,
chaste et nu, doux et fort, humble et prédestiné,
déjà si plein d' amour qu' il nous attirait l' âme !
La mort passait sans pleurs. Hélas ! On n' avait pu
porter la mère au seuil où la blanche volée,
sur la petite boîte odorante et voilée,
reprenait l' hymne frêle aux vents interrompu.
Et quand je ne vis plus ce doux fardeau de roses
trembler au fond du voile au soleil étendu,
on dit : " regarde au ciel ! " et je vis tant de
choses
que je l' y crus porté par le vent, ou perdu,
fait ange dans l' azur inondé de lumière ;
car l' or du ciel fondait en fils étincelants,
et tant de jour coulait sur nos vêtements blancs
qu' il fallut curieuse en ôter ma paupière.
Longtemps tout fut mobile et rouge sous ma main,
et je ne pus compter les arbres du chemin.
Sous le toit sans bonheur on nous reçut encore ;
le jardin nous offrit ce que l' enfance adore,
et nous trouvâmes bons les fruits de l' ange. Hélas !
Une chambre était triste : elle ne s' ouvrit pas ;
et nous fîmes un feu des églantines mortes,
dont l' enfant qui s' en va fait arroser les portes.
L' enfant aimé de Dieu n' est jamais revenu ;
sage, il trouva son nid assez grand pour sa tombe.
Oui, vous l' aimiez, mon dieu ! Car la jeune
colombe
n' emporta point de terre à son pied rose et nu
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MessagePosté le: 19/09/2007 14:49:19    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore Répondre en citant

ELEGIES L'EPHEMERE


p256

Frêle création de la fuyante aurore,
ouvre-toi comme un prisme au soleil qui le dore,
va dire ta naissance au liseron d' un jour,
va ! Tu n' as que le temps de deviner l' amour !
Et c' est mieux, c' est bien mieux que de le trop
connaître,
mieux de ne pas survivre au jour qui le vit naître.
Happe sa douce amorce, et que ton aile, enfant,
joue avec ce flambeau ! Rien ne te le défend.
Né dans le feu, ton vol en cercles s' y déploie
et sème des anneaux de lumière et de joie.
Le fil de tes hasards est court, mais il est d' or !
Nul regret ne pendra lugubre sur ton sort,
nul adieu ne viendra gémir dans l' harmonie
de ton jour de musique et d' ivresse infinie ;
ce que tu vas aimer durera tes instants ;
tu ne verras le deuil ni les rides du temps.

p257

Les feuillets de ton sort sont des feuilles de rose.
Fiévreuse de soleil et d' encens, quel destin !
Atome délecté dans le miel qui l' arrose,
sonne ta bien-venue au banquet du matin.
Je t' envie ! Et Dieu t' aime, innocent éphémère.
Tu nais sans déchirer le beau flanc de ta mère ;
ce penser triste et doux ne te fait point de pleurs :
il ne t' impose pas comme un remords de vivre.
Tu n' as point à traîner ton coeur lourd comme
un livre.
Heureux rien ! Ta carrière est au bout de ces fleurs.
Bois ta vie à leur âme, et que ta prompte haleine
goûte à tous les parfums dont s' abreuve la plaine.
Hâte-toi ! Si le ciel commence à se couvrir,
une goutte de pluie inondera tes ailes :
avant d' avoir vécu, tu ne veux pas mourir,
toi ! Les fleurs vont au soir : ne tombe qu' après
elles.
Bonjour ! Bonheur ! Adieu ! Trois mots pour ton
soleil.
Et pour nous, que de nuits jusqu' au dernier
sommeil !
Le long vivre n' apprend que des fables railleuses.
Tristement recueillis sous nos ailes frileuses,
nous épions l' espoir, qui n' ourdit qu' un regret :
et l' espoir n' ouvre pas sa belle chrysalide,
et c' est un fruit coulé sous son écorce vide,
et le vrai, c' est la mort ! -et j' attends son
secret.
Oh ! Ce sera la vie. Oh ! Ce sera vous-même,
rêve, à qui ma prière a tant dit : je vous aime.
Ce sera pleur par pleur, et tourment par tourment,
des âmes en douleurs le chaste enfantement !

_________________
"là ou réside la liberté de l homme ,est sa pensée " V.H"
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MessagePosté le: 03/12/2016 06:39:04    Sujet du message: Oeuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore

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